Regard historique sur la santé mentale chez les femmes
Muriel Salle, historienne et maîtresse de conférences à
l’Université Claude Bernard Lyon 1 ouvre ce webinaire avec une approche histoire. Elle explique que les questionnements autour de la santé mentale des femmes sont aujourd’hui au cœur de l’actualité, comme en témoignent des parutions récentes telles que Mon nom est Elisabeth d’Adèle Yon (2025) ou Sortir de la maison hantée de Pauline Charnu, prolongeant son podcast Les fantômes de l’hystérie (2023).
L’historienne a présenté un regard historique sur la santé mentale féminine, en se concentrant sur le XIXᵉ et le XXᵉ siècle. Elle a souligné que, malgré les réformes comme celles de Philippe Pinel en 1793, qui humanisent la psychiatrie, les femmes ont souvent été exclues des bénéfices de ces changements et traitées de manière dépréciative. Elle a illustré cette persistance de stéréotypes avec des exemples d’internements, de traitements violents et de diagnostics genrés, comme l’hystérie. Elle a également montré que les catégories psychiatriques actuelles, comme le trouble dysphorique prémenstruel, sont le produit d’une histoire culturelle et sociale, et que les femmes continuent à payer un lourd tribut aux troubles mentaux, notamment à cause des inégalités de genre.
Enjeux pharmacologiques : efficacité tolérance, prescriptions complexes
Le Professeur Raoul Belzeaux,
PU-PH en psychiatrie à Montpellier spécialiste des troubles psychiatriques et des troubles de l’humeur chez les femmes en période périnatale a proposé un éclairage médical sur l’usage des psychotropes chez les femmes, en mettant en avant l’importance des facteurs liés au sexe et au genre. Il a rappelé que la recherche biomédicale a longtemps été centrée sur les hommes, que ce soit dans les études animales ou dans les essais cliniques, ce qui a conduit à des connaissances biaisées sur l’efficacité et la tolérance des traitements pour les femmes.
Le Pr Belzeaux a souligné que les différences physiologiques et hormonales, ainsi que la grossesse, modifient le métabolisme des médicaments et peuvent augmenter le risque d’effets secondaires. Il a expliqué que la consommation plus élevée de psychotropes chez les femmes ne traduit pas un excès injustifié, mais reflète en partie une prévalence accrue des troubles psychiatriques, tout en étant influencée par des biais diagnostiques et sociaux.
L’intervenant a insisté sur l’importance d’un diagnostic précis et d’une prescription personnalisée, adaptée aux caractéristiques individuelles et non uniquement au sexe biologique.
La pair-aidance au service de la santé mentale périnatale
Elise Marcende, présidente de
l’association Maman Blues a partagé son expérience de la dépression périnatale, survenue dès sa première grossesse, aggravée par l’isolement, un diabète gestationnel et une prise en charge tardive. Son hospitalisation en unité mère-bébé et le suivi psychiatrique intensif ont été déterminants pour sa reconstruction.
Maman Blues, association fondée sur des expériences vécues, accompagne et compte 80 bénévoles, l’association propose des groupes de paroles et un forum en ligne, offrant aux femmes un espace d’échange avant toute prise en charge médicale.
Elise Marcende souligne également le poids des injonctions sociales autour de la maternité : quête de perfection, culpabilité et peur d’être démis de son autorité parentale. Malgré les progrès, le tabou sur la santé mentale maternelle reste fort et rend difficile la parole sur ces difficultés.