Le 17 mars 2026, dans le cadre des rencontres UPCité sur la thématique du « Genre ! », Rosa Maria BRUNO, professeure de pharmacologie clinique à l’Hôpital Européen Georges Pompidou, chercheuse au PARCC et membre du comité exécutif de l’Institut Interdisciplinaire Santé des Femmes iWISH, a relevé le défi de présenter en 13 minutes l’impact du genre sur le vieillissement cardiovasculaire. Un temps fort de partages et de questionnements pendant lequel scientifiques et grand public ont été invités à confronter les points de vue et explorer ensemble des pistes pour construire l’avenir.
Les artères, nos rivières de vie
Les artères, avec les veines, constituent le réseau des vaisseaux sanguins : une immense tuyauterie de près de 20 000 km qui traverse tout le corps humain. Issues du cœur, elles acheminent le sang vers les cellules et leur fournissent l’oxygène et les nutriments indispensables à leur survie et à leur fonctionnement. Ce sont de véritables rivières de vie, grâce auxquelles nous pouvons chanter, courir, manger… ou simplement lire cet article.
À l’origine souples et suffisamment robustes pour résister à la force et à la pression des battements cardiaques, les artères se rigidifient avec l’âge. Leur paroi s’épaissit progressivement, pouvant aller jusqu’à les obstruer totalement. Privés de leur apport vital, les organes s’affaiblissent puis cessent de fonctionner. Lorsque ce phénomène touche les artères du cœur, les coronaires, il provoque un infarctus du myocarde. S’il survient dans le cerveau, il s’agit alors d’un Accident Vasculaire Cérébral (AVC).
Même si tout être humain possède ce même système vasculaire, son vieillissement n’est pas identique d’une personne à l’autre. Des différences existent notamment entre les femmes et les hommes, et c’est précisément ce que Rosa Maria BRUNO et son équipe étudient au quotidien.
La faute des hormones ?
Autour de 20-30 ans, les artères des femmes sont plus élastiques que celles des hommes. Une différence qui parait, aux premiers abords, plutôt avantageuse pour le sexe féminin. Mais la tendance s’inverse autour de 60 ans. La rigidification des artères des femmes s’accélère et s’intensifie, menant ainsi à des femmes âgées davantage touchées par l’hypertension et les maladies cardiovasculaires que les hommes.
Traditionnellement, la médecine occidentale rejette la faute sur les œstrogènes, des hormones sexuelles produites par les ovaires des femmes en âge de procréer. Fondamental pour les fonctions reproductives et véritable élixir de jeunesse pour les artères, le taux d’œstrogènes chute brutalement à la ménopause vers 50 ans. Sans ces hormones protectrices, les artères se retrouvent fragilisées et vieillissent plus vite : les maladies cardiovasculaires augmentent. Mais cette explication ne permet pas d’expliquer l’augmentation de la rigidité des artères des femmes dès 30-40 ans puisqu’à cette période de la vie, les œstrogènes sont toujours produits en grande quantité. Rosa Maria BRUNO a donc formulé une autre hypothèse : la grossesse.
La grossesse comme facteur de risque
Comparable à un test d’effort de 9 mois sans récupération, la grossesse représente un bouleversement majeur du corps susceptible d’entraîner des répercussions physiologiques durables, surtout en cas de complications.
Aujourd’hui, 2 à 7% des grossesses sont touchées par la prééclampsie, une forme particulièrement sévère d’hypertension. Cette pathologie peut provoquer des lésions d’organes, des accouchements prématurés, et dans les cas les plus graves, entraîner le décès de la mère ou de l’enfant. Mais ses effets ne s’arrêtent pas à la naissance : les femmes qui en souffrent présentent un risque accru de développer une hypertension chronique et d’autres maladies
cardiovasculaires à moyen et long terme. Prévenir et traiter l’hypertension pendant la grossesse constitue donc un enjeu majeur pour la santé cardiovasculaire des femmes. C’est dans cette perspective que s’inscrit le projet de recherche CHYPRE (Carotid ultrasound-based assessment of maternal hemodynamics to guide HYpertension treatment in PREgnancy), financé par la Direction Générale de l’Offre de Soins (DGOS) via un Programme Hospitalier de Recherche Clinique (PHRC), auquel contribue Rosa Maria BRUNO . Ce projet vise à diminuer le risque de préeclampsie en proposant une prise en charge personnalisée de l’hypertension gravidique, fondée sur l’analyse de l’hémodynamie (circulation sanguine) maternelle.
Toutefois, bien que les fonctions reproductives, les hormones et la génétique puissent en partie expliquer les différences de vieillissement artériel entre les femmes et les hommes, pour la chercheuse du PARCC, ces explications ne sont pas suffisantes. Elle s’est donc penchée sur la question du genre.
Oser le genre en santé
Le genre peut être défini comme le « rôle socioculturel du sexe », c’est‑à‑dire la manière dont le sexe biologique est utilisé pour définir, classer et organiser les individus au sein de la société. Bien qu’issu des sciences humaines et sociales, ce concept trouve également toute sa pertinence en cardiologie.
Rosa Maria BRUNO illustre cela avec l’exemple de la masculinité toxique, un ensemble de comportements nourris, entre autres, par des croyances sociales telles que :
- Un « vrai » homme ne montre jamais ses émotions
- Un « vrai » homme doit toujours paraître dur
- Un « vrai » homme utilise la violence comme moyen d’affirmer son pouvoir
La masculinité toxique encourage ainsi des comportements à risque : consommation excessive d’alcool, conduite dangereuse, usage de drogues… Autant de pratiques nocives pour la santé des hommes, mais aussi pour celle de leur entourage.
Car les femmes en subissent également les conséquences, notamment à travers les violences sexistes et sexuelles. Qu’elles soient vécues ou anticipées, ces violences quotidiennes génèrent un stress chronique et de nombreux troubles associés, tous reconnus comme facteurs de risque cardiovasculaire.
Grâce au projet de recherche SALVAGE, financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), l’impact de ces facteurs liés au genre sur le vieillissement vasculaire sera, nous espérons, davantage pris en compte. Car il est incontestable que le genre a une influence réelle sur la santé, et qu’il mérite à ce titre toute notre attention.
À lire aussi
L’Université Paris Cité au cœur d’une alliance scientifique franco-britannique inédite
À chaque pas, une inégalité de santé
Le 28 avril 2026, pour clôturer la 3ème édition du cycle de conférences « Égalités », l’Institut Interdisciplinaire Santé des Femmes (iWISH) a animé aux côtés de Muriel Salle, maîtresse de conférence à l’université Claude Bernard Lyon 1 et experte en études de genre...
Santé des femmes : un enjeu scientifique et sociétal majeur
En mars, l’Institut Interdisciplinaire Santé des Femmes – iWISH se mobilise
Tout au long du mois de mars, l’Institut Interdisciplinaire Santé des Femmes - iWISH participe à des événements et propose plusieurs actions de sensibilisation et de médiation scientifique autour des enjeux de santé des femmes. Ateliers participatifs, discussions et...