Le 28 avril 2026, pour clôturer la 3ème édition du cycle de conférences « Égalités », l’Institut Interdisciplinaire Santé des Femmes (iWISH) a animé aux côtés de Muriel Salle, maîtresse de conférence à l’université Claude Bernard Lyon 1 et experte en études de genre et humanités médicales, une conférence interactive sur les biais de genre en santé.
Une soirée rythmée par des parties de jeu pas comme les autres et des échanges tout à fait enrichissants !

Santé de la femme : de l’ignorance à la violence

Du 18 février au 28 avril 2026, le pôle Formation et Vie Etudiante de la Faculté de Santé (Université Paris Cité) a organisé la 3ème édition du cycle de conférences consacré aux inégalités et discriminations en santé. Une initiative essentielle pour ouvrir le dialogue et rendre l’accès aux soins véritablement plus universel et équitable. Car aujourd’hui, le parcours de santé des individus dépend encore trop fortement de certaines caractéristiques telles que l’origine, le genre, le sexe, le poids, le handicap ou bien la situation socio-économique.

Dans une enquête réalisée par Ipsos et la Fédération Hospitalière de France (FHF) en 2025, le constat est sans appel : les biais de genre dans la prise en charge médicale persistent et compromettent toujours la santé des femmes. En premier lieu, ces dernières restent sous-représentées dans la recherche biomédicale. Les modèles androcentrés utilisés dans la production du savoir médical mènent souvent à des sous-diagnostics et à des traitements inadaptés pour les femmes. Mais la question des inégalités de santé n’est pas uniquement une question d’ignorance. Minimisation des symptômes, banalisation de la douleur ou encore remarques inappropriées sur l’apparence physique et la vie personnelle, la violence s’invite régulièrement aux consultations médicales des femmes.

Inégalités ou différences biologiques ?

Il n’est pas rare d’entendre que les inégalités de santé entre hommes et femmes sont en réalité dues à des différences biologiques liées au sexe. Au cours de la conférence, Muriel Salle, maîtresse de conférence experte en études de genre et humanités médicales, est revenue sur ces deux notions difficiles à distinguer. Il existe assurément des différences biologiques entre les hommes et les femmes : les uns possèdent un pénis et des testicules, les autres un utérus et des ovaires. Certaines produisent davantage d’œstrogènes, certains davantage de testostérone. Les métabolismes physiologiques sont également différents, et c’est en ça que le sexe peut être décrit comme un déterminant biologique de santé. En revanche, le sexe peut également devenir un déterminant social de santé lorsque les différences biologiques sont utilisées pour établir une hiérarchie entre les hommes et les femmes. On parle alors d’inégalités de santé.

Muriel Salle illustre ses propos d’un exemple. Les femmes ont pendant très longtemps été considérées comme « d’éternelles malades » en raison notamment de leur variabilité hormonale, des menstruations, de la grossesse, du post-partum et de la ménopause. Des réalités biologiques tout à fait avérées. Cependant, cette croyance a implanté au sein du corps médical une normalisation de la douleur et de l’inconfort ressentis par les femmes, une pratique pouvant paraitre anodine mais qui est pourtant à l’origine d’inégalités de genre bien documentées. La douleur des femmes est aujourd’hui souvent minimisée, entrainant des retards de diagnostic et des traitements inadaptés.

« Un pas en avant » : un jeu de rôle scientifique

Pour accompagner ces explications, l’Institut Interdisciplinaire Santé des Femmes (iWISH) a invité les étudiantes et étudiants en santé de l’université Paris Cité à se confronter directement aux inégalités de genre au cours d’un jeu de rôle inédit, conçu et animé par Nafissa Mahamoud, chargée de médiation scientifique au sein de l’institut.

Lana, Julie, William…Les participantes et participants reçoivent leur carte et découvrent le personnage qu’ils doivent incarner. Une mère célibataire. Un homme homosexuel. Une sportive
de haut niveau. Chaque personnage possède une vie singulière et est confronté à des difficultés particulières. Une fois les cartes distribuées, tout le monde se place sur la ligne de
départ. Le jeu commence.

« Si quand ton personnage est triste ou en colère, on lui dit que c’est sûrement à cause de ses règles ou de ses hormones, avance d’un pas ».

Certaines personnes avancent, d’autres restent immobiles, et un écart apparaît entre les participants. À chaque pas correspond un biais, et à chaque biais l’écart se creuse. Accompagné d’explications scientifiques vérifiées, ce jeu de rôle permet une réelle prise de conscience sur les inégalités de santé. D’où viennent ces stéréotypes ? Quelles en sont les conséquences ? Que pouvons-nous faire pour y remédier ?
Des temps d’échanges riches et indispensables pour trouver des solutions et penser la médecine de demain.